
L’architecte Clément Alphonse Sobtejou est-il « Bakku » (ou Mbakou) ? L’analyse de son parcours, mis en lumière par sa consoeur l’architecte-patrimoniale Édith Flaure Mipo Tchinkou, révèle que si le terme « Bakku » est interprété dans son sens culturel et honorifique camerounais (référence aux notables ou aux bâtisseurs d’exception), la réponse penche fortement vers l’affirmative.
À travers le portrait croisé de ces deux figures majeures de l’Ordre National des Architectes du Cameroun (ONAC), cette qualification prend tout son sens sur les plans technique, culturel et mémoriel.
- Une excellence technique et conceptuelle reconnue
Clément Alphonse Sobtejou, fondateur du Studio 44 Architects, s’impose comme un théoricien et un praticien hors pair. Diplômé de l’Institut Supérieur d’Architecture Victor Horta à Bruxelles, son génie a été récemment couronné à Douala :
- Le Prix de l’Architecture 2025 : Il a remporté cette prestigieuse distinction lors de la 3e édition des Journées de l’Urbanisme et de la Construction de Douala (JUD 2025).
- Le Projet YANKA (« Le Pont ») : Cette œuvre magistrale, conçue pour le Chef de Canton Bakoko, allie prouesse technique et intégration bioclimatique. Ce projet a d’ailleurs été fièrement présenté à l’échelle internationale lors du Congrès de l’Union Internationale des Architectes à Barcelone.
- Le « Bakku » : Un pont entre modernité et ancrage patrimonial
Dans les traditions du Grassland camerounais (Bamiléké) et des zones côtières (Sawa), un notable, un sage ou un grand bâtisseur spirituel et physique est souvent qualifié ou associé au titre honorifique de Mbakou ou Bakku.
Clément Alphonse Sobtejou incarne cette philosophie en refusant une architecture calquée sur l’Occident. En sublimant le projet du Canton Bakoko, il se comporte en véritable garant de la mémoire, un « Bakku » moderne qui utilise l’espace pour recréer du lien social et célébrer l’identité africaine.
- La mise en valeur par Édith Flaure Mipo Tchinkou
La démarche d’Édith Flaure Mipo Tchinkou ne relève pas de la simple camaraderie, mais d’un engagement profond pour le patrimoine bâti. En dressant cette biographie qualifiante, elle applique sa vision de « Communiquer l’Architecture ». Elle démontre que Sobtejou n’est pas qu’un simple technicien du béton, mais un philosophe de l’espace au service de sa communauté — un critère fondamental pour être reconnu comme un grand initié ou un « Bakku » de sa corporation.
Le projet YANKA conçu par l’architecte Clément Alphonse Sobtejou apporte un impact profond et multidimensionnel à la communauté Bakoko, située dans le 3e arrondissement de Douala (une zone en pleine expansion urbaine).
Son utilité s’articule autour de trois axes majeurs :

- La préservation de l’identité face à l’urbanisation rapide
Le Canton Bakoko fait face à un métropolisation accéléré (grands projets d’infrastructures, logements sociaux à Mbanga-Bakoko, trame Mbanga-Japoma). Dans ce contexte de mutation rapide, le projet YANKA agit comme une ancre culturelle. En matérialisant l’identité Bakoko à travers un geste architectural contemporain, il permet aux autochtones de réaffirmer leur présence et leur patrimoine historique au cœur du Douala moderne.
- Un espace physique de cohésion sociale
Le mot YANKA signifiant « Le Pont », le projet se veut un lieu de rassemblement interconnecté. Il offre à la communauté :
- Un espace centralisé pour les palabres, les cérémonies traditionnelles et le dialogue communautaire.
- Un point de rencontre favorisant la transmission intergénérationnelle des coutumes et des langues locales auprès des jeunes générations urbaines.
- Le renforcement du dialogue avec la modernité
En intégrant les codes de l’architecture moderne tout en respectant l’héritage coutumier, le projet valorise le savoir-faire local et structure les espaces collectifs. Cela donne à la communauté Bakoko une vitrine solide pour dialoguer d’égal à égal avec les acteurs publics et économiques de la ville, transformant le canton en un pôle d’attraction urbain organisé et harmonieux.
Souhaitez-vous découvrir comment ce projet s’articule concrètement avec les autres infrastructures du Canton Bakoko à Douala, ou préférez-vous analyser les matériaux et concepts de design utilisés par le cabinet de Clément Alphonse Sobtejou
Le projet YANKA s’inscrit parfaitement dans l’esprit du mouvement Bàkku, cette doctrine architecturale africaine contemporaine majeure qui prône une architecture identitaire, enracinée et souveraine.
Emprunté au vocabulaire de la lutte sénégalaise (où le bàkku est le chant de défi, de fierté et d’auto-célébration du lutteur), ce concept architectural refuse le « copier-coller » des modèles occidentaux importés.
Le travail de Clément Alphonse Sobtejou incarne cette philosophie à travers trois piliers fondamentaux :
- La reconquête identitaire et le refus du mimétisme
À l’image du mouvement Bàkku qui invite l’Afrique à bâtir des édifices qui lui ressemblent, le projet YANKA refuse la standardisation urbaine qui efface l’histoire des peuples. En concevant un projet pensé pour et par la sensibilité locale du Canton Bakoko, l’architecte affirme la puissance esthétique et culturelle africaine face au rouleau compresseur de la spéculation foncière métropolitaine.
- Le retour des artistes et des artisans dans l’espace public
Le Bàkku milite fermement pour briser la froideur des constructions purement financières en réintégrant d’office les plasticiens, sculpteurs, conteurs et artisans au cœur du processus de bâtir. En créant un édifice hautement symbolique et communautaire à Douala, le projet YANKA matérialise cette alliance : le bâtiment n’est pas qu’une structure en béton ; il devient un support narratif, une œuvre d’art vivante qui raconte l’histoire du peuple Bakoko.
- L’adaptation bioclimatique et contextuelle
Une architecture dans l’esprit Bàkku répond impérativement aux réalités climatiques et environnementales de son milieu. Le projet intègre des lignes et une orientation spatiale adaptées au contexte tropical de Douala, tout en structurant les espaces de rencontre traditionnels (espaces de palabres, de vie extérieure). C’est l’expression même d’une modernité africaine équilibrée, qui puise sa force dans ses propres traditions constructives ancestrales.
Par l’architecte Malick MBOW



