
© Malick MBOW

Le siège social de Sterling Bank, situé à Marina, Lagos, est un immeuble de 17 étages entièrement recouvert de panneaux solaires, garantissant une alimentation électrique continue.17 storey Sterling Bank Headquarters in Marina, Lagos. It is fully wrapped in solar panels for uninterrupted power supply
Un grand architecte ne meurt pas, il s’efface simplement en nous laissant ses œuvres pour boussole. Olufemi Adetokunbo Majekodunmi est parti sur la pointe des pieds, léguant à la jeune génération des repères intemporels portés par la pureté de ses lignes. Son parcours à la présidence de l’Union Internationale des Architectes (UIA) demeure un accomplissement historique et, aujourd’hui encore, inédit pour un Africain.
Sa renommée repose sur la noblesse de ses compositions et son art de la collaboration. Il a su tracer une trajectoire unique, mariant l’identité locale à une modernité universelle. À l’heure du Bakku, il nous rappelait déjà, il y a soixante ans, que l’architecture est une discipline indomptable et décolonisée, ouverte sur le monde mais riche de ses propres racines.
Par ses qualités humaines, il reste un modèle absolu pour quiconque embrasse ce métier aussi passionnant que complexe. Que la terre lui soit légère, lui qui a si magnifiquement façonné sa ville de Lagos. Que Dieu l’accueille dans le royaume des créateurs, où il repose désormais à vie parmi les plus grands.
Malick MBOW, President du Mouvement BAKKU
Chief Olufemi Adetokunbo Majekodunmi, décédé ce 5 juin 2026 à l’âge de 86 ans. Los mots capturent magnifiquement l’essence de cet immense bâtisseur : un architecte ne meurt jamais vraiment, car son âme et sa vision restent gravées dans le béton, le verre, et les lignes des villes qu’il a façonnées.
Un pionnier et une fierté pour l’Afrique
Comme vous l’avez si bien souligné, il a marqué l’histoire en devenant le premier président africain de l’Union Internationale des Architectes (UIA) de 1990 à 1993. Cet exploit, inédit à l’époque, a positionné l’architecture africaine sur l’échiquier mondial. En prônant une écriture identitaire propre, ouverte sur la modernité mais profondément ancrée dans les réalités locales, il a prouvé que le savoir-faire africain n’a pas à être colonisé, mais partagé.
L’héritage d’un grand maître
À travers son cabinet FMA Architects Ltd fondé en 1973, son influence s’est étendue bien au-delà du Nigeria, touchant le Botswana et l’Afrique du Sud. Les chefs-d’œuvre qu’il laisse derrière lui témoignent de son génie :
- L’Hôpital St. Nicholas à Lagos
- La Tour Sterling et l’immeuble de la Standard Chartered Bank à Lagos
- Le Haut-Commissariat d’Afrique du Sud à Abuja
- Le Siège social de Total à Lagos
Un modèle pour la jeunesse
En tant que professeur associé à l’Université de Lagos, il a consacré une partie de sa vie à transmettre cette « pureté des lignes » et cette rigueur professionnelle aux jeunes générations. Vos prières l’accompagnent aujourd’hui vers le « royaume des créateurs ». Que la terre lui soit légère.
Le rôle de Chief Olufemi Adetokunbo Majekodunmi au sein de l’Union Internationale des Architectes (UIA) est un jalon historique majeur. Sa présidence de 1990 à 1993 a profondément transformé la gouvernance mondiale de la profession.
Il a marqué l’UIA à travers plusieurs actions fondamentales :
- La rupture d’un plafond de verre mondial
Avant l’élection de Femi Majekodunmi, la présidence de l’UIA — fondée en 1948 — était historiquement dominée par des architectes européens et américains. En devenant le premier président africain de l’institution, il a brisé les barrières géopolitiques de l’époque. Il a ainsi prouvé que l’Afrique ne devait plus seulement être un terrain d’application pour les architectes occidentaux, mais une force motrice capable de guider les politiques architecturales mondiales.
- L’impulsion de la durabilité : La Déclaration de Chicago (1993)
Le point d’orgue de son mandat s’est déroulé en juin 1993 lors du Congrès mondial des architectes UIA/AIA à Chicago. Sous sa direction, l’UIA a corédigé et signé la historique « Déclaration d’interdépendance pour un avenir durable ». Cet acte fondateur a officiellement placé la responsabilité environnementale et l’éco-conception au centre des devoirs de la profession à l’échelle internationale.
- La voix du Sud Global et de la décolonisation architecturale
Majekodunmi a profité de sa tribune internationale pour défendre une vision multiculturelle
- Valorisation des identités locales : Il s’est vigoureusement opposé à l’uniformisation des villes par un style international standardisé.
- Autonomie culturelle : Il prônait une architecture ouverte sur les technologies modernes mondiales, tout en restant profondément ancrée dans l’ADN culturel et climatique de chaque région.
- L’unification des institutions africaines
Son ascension à la tête de l’UIA a été préparée par son travail de terrain sur son propre continent. En tant que premier secrétaire de l’Union Africaine des Architectes (UAA), il a structuré les fédérations nationales pour leur donner le poids nécessaire afin de peser dans les votes et les jurys internationaux de l’UIA.
Son héritage au sein de l’UIA reste un modèle de diplomatie professionnelle, montrant comment un homme a su unifier le savoir-faire mondial tout en redonnant sa fierté culturelle au continent africain
- Les retombées de la Déclaration de Chicago de 1993
Signée sous la présidence de Majekodunmi, la Déclaration d’interdépendance pour un avenir viable et durable a agi comme un véritable big bang pour l’architecture contemporaine.
- La naissance de la Haute Qualité Environnementale (HQE) : Avant 1993, l’écologie en architecture était considérée comme une tendance marginale ou utopiste. Cette déclaration a mondialisé les critères de construction durable (économie d’énergie, cycle de vie des matériaux). Elle a servi de fondement textuel aux normes environnementales d’aujourd’hui, comme le système LEED aux États-Unis ou les certifications HQE en Europe.
- La redéfinition de la déontologie de l’architecte : Pour la première fois, la déclaration stipulait que l’architecte n’avait pas seulement une responsabilité envers son client, mais une coresponsabilité écologique globale envers la planète.
- L’ouverture vers l’architecture bioclimatique : La déclaration a poussé la profession à réapprendre des méthodes anciennes de gestion de l’air, de la lumière et des matériaux naturels, préparant le terrain pour les générations futures d’architectes éco-responsables.
- La structuration de l’architecture africaine via l’UAA
En tant que premier secrétaire de l’Union Africaine des Architectes (UAA), Majekodunmi a mené un combat politique et institutionnel acharné pour donner aux professionnels du continent les moyens de leur indépendance. [
- Fédérer un continent fragmenté : À l’époque, les instituts d’architecture en Afrique fonctionnaient de manière isolée, souvent encore calqués sur les anciens réseaux coloniaux (britanniques ou français). Femi Majekodunmi a voyagé à travers le continent pour unifier ces organisations nationales sous la bannière de l’UAA, créant une solidarité professionnelle panafricaine.
- La création d’un « bloc de vote » international : C’est grâce à cette union africaine forte que Majekodunmi a pu rassembler les voix nécessaires pour remporter la présidence de l’UIA mondiale en 1990. Il a démontré aux architectes africains que l’unité institutionnelle permettait de peser sur les décisions mondiales et d’intégrer des jurys internationaux prestigieux.
- La promotion des compétences locales : À travers l’UAA, il s’est battu contre le réflexe des gouvernements africains post-indépendance qui consistait à confier systématiquement les grands projets publics (ministères, universités, hôpitaux) à des cabinets occidentaux. Il a imposé la reconnaissance et la valorisation des diplômes et des cabinets africains.
En résumé
En structurant l’UAA, il a donné une voix et des in
stitutions à l’Afrique ; en dirigeant l’UIA, il a utilisé cette voix pour imposer l’urgence environnementale au reste du monde à Chicago en 1993. C’est ce double héritage qui fait de lui un visionnaire absolu.
President of the BAKKU Movement
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- St. Nicholas Hospital in Lagos
- Sterling Tower and the Standard Chartered Bank Building in Lagos
- The South African High Commission in Abuja
- Total Headquarters in Lagos
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- Valorization of local identities: He vigorously opposed the standardization of cities through a uniform international style.
- Cultural autonomy: He advocated for an architecture open to modern global technologies while remaining deeply anchored in the cultural and climatic DNA of each region.
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- The Birth of High Environmental Quality (HQE): Before 1993, ecology in architecture was considered a marginal or utopian trend. This declaration globalized sustainable construction criteria (energy saving, life cycle of materials). It served as the textual foundation for today’s environmental standards, such as the LEED system in the United States or HQE certifications in Europe.
- Redefining the Architect’s Ethics: For the first time, the declaration stipulated that architects have a responsibility not only to their clients but a global ecological co-responsibility to the planet.
- Opening the Door to Bioclimatic Architecture: The declaration pushed the profession to relearn ancient methods of managing air, light, and natural materials, paving the way for future generations of eco-responsible architects.
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- Federating a Fragmented Continent: At the time, architectural institutes in Africa operated in isolation, often still modeled after old colonial networks (British or French). Femi Majekodunmi traveled across the continent to unify these national organizations under the AUA banner, creating a pan-African professional solidarity.
- Creating an International « Voting Bloc »: It was thanks to this strong African union that Majekodunmi was able to gather the necessary votes to win the presidency of the global UIA in 1990. He demonstrated to African architects that institutional unity allowed them to influence global decisions and join prestigious international juries.
- Promoting Local Expertise: Through the AUA, he fought against the post-independence reflex of African governments to systematically award major public projects (ministries, universities, hospitals) to Western firms. He enforced the recognition and valorization of African degrees and architectural practices.



