Bachir Diagne fustige le procès en appropriation culturelle de Picasso Le penseur sénégalais rappelle que l’auteur de l’affiche du Congrès de 1956 n’était pas un prédateur solitaire, mais un compagnon de route des luttes anticoloniales

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PICASSO©Malick MBOW
Affiche de Picasso pour le Premier Congrès des Ecrivains et Artistes ...
Affiche : photo de groupe des participants du premier congrès des ...

(SenePlus) – Il y a des réhabilitations qui en disent plus sur notre temps que sur leur objet. Invité de l’émission Afrique, mémoire d’un continent sur RFI, dans le cadre de la nouvelle séquence Parole d’Aîné, l’Afrique en quatre dates, le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne a pris fait et cause pour Pablo Picasso, régulièrement mis en accusation par les tenants de la théorie de l’appropriation culturelle.

En 1956, Pablo Picasso réalise l’affiche du Premier Congrès des écrivains et artistes noirs, organisé le 19 septembre de cette même année à l’amphithéâtre Descartes de la Sorbonne, à Paris, sous l’impulsion d’Alioune Diop, d’Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor. C’est dans ce contexte que Souleymane Bachir Diagne, évoquant cet événement fondateur, rappelle que Picasso « s’engage avec conviction dans la lutte pour l’émancipation des peuples colonisés, de même que Sartre ». Le peintre n’est pas un observateur lointain ni un bénéficiaire passif : il est partie prenante d’un mouvement intellectuel et politique historique.

Or, note Diagne au micro d’Elgas, cette réalité est aujourd’hui systématiquement occultée au profit d’un autre récit : celui d’un Picasso prédateur de l’art africain. « On voit de l’appropriation culturelle partout », déplore le philosophe, qui y lit le symptôme d’une époque marquée par ce qu’il appelle une « atmosphère de fureur décoloniale ».

Pour Daigne, accuser Picasso d’appropriation culturelle revient à appliquer rétrospectivement une grille de lecture identitaire à un moment de l’histoire où les acteurs pensaient exactement l’inverse. Ce qu’incarnait le Congrès de 1956, dit-il, c’était « la cause commune », un projet d’émancipation universel, non communautaire. Si Picasso y participait, c’est parce qu’il « y trouvait son propre compte » : cette lutte était aussi la sienne. « Cette cause était une cause commune, humaine et universelle », soutient Bachir Diagne.

Ce point articule la thèse centrale du philosophe sur cette période : la génération de Bandung (1955) et du Congrès de la Sorbonne (1956) ne réclamait pas la fermeture des cultures sur elles-mêmes, mais leur ouverture réciproque. Elle voulait, selon les mots qu’il prête à Alioune Diop, « remettre en chantier l’universel, mais quand tous les peuples seront présents à l’œuvre commune d’édification de l’humanité ». La tentation identitariste contemporaine représente, aux yeux de Souleymane Bachir Diagne, une régression par rapport à cet idéal.

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