(SenePlus) – L’arène sénégalaise s’apprête à vivre un moment d’histoire ce dimanche 5 avril. Au lendemain de la fête nationale, l’Arène nationale de Pikine sera le théâtre d’un affrontement titanesque entre le roi incontesté Modou Lô et son redoutable challenger, Sa Thiès. Mais au-delà de l’enjeu sportif, ce combat marque une véritable révolution médiatique : pour la première fois, la lutte sénégalaise sera diffusée en direct dans 48 pays.
Patron absolu de la discipline depuis près de six ans, Modou Lô (40 ans, 23 victoires) remet sa couronne en jeu face à un adversaire au profil particulier. Sa Thiès (38 ans, 15 victoires) n’est autre que le frère cadet de Balla Gaye 2, le seul lutteur à avoir infligé deux des trois défaites de la carrière du roi. Si l’opinion publique y voit une vengeance familiale, Modou Lô a formellement balayé cette hypothèse dès la signature du contrat : « Absolument pas ! […] C’est dans la logique de la lutte que je croise Sa Thiès. Il est sur mon chemin, je l’écarte et je continue ma route », rapporte RFI dans un article signé Ndiasse Sambe.
Ce face-à-face cristallise également une intense rivalité géographique entre deux bastions historiques de la lutte : les Parcelles Assainies, fief du tenant du titre, et Guédiawaye, bastion de la fratrie de Sa Thiès. Sur le plan tactique, Ameth Konaté, directeur technique de l’école Kaay Baxx cité par le média français, annonce un duel incertain opposant la vivacité de Sa Thiès, qui « va vers [son adversaire] pour lui imposer la bagarre », à l’intelligence de Modou Lô, décrit comme un « fin tacticien » habitué à neutraliser les gabarits plus imposants.
Une vitrine internationale inédite
Pour conserver son trône acquis en 2019, Modou Lô n’a rien laissé au hasard, s’offrant même une préparation en France aux côtés du boxeur médaillé olympique Souleymane Cissokho.
L’enceinte de Pikine, d’une capacité de 25 000 places, accueillera ce sommet sportif dont l’enjeu financier donne le vertige : un cachet estimé à 200 millions de francs CFA (environ 300 000 euros) pour chaque combattant.
Mais la véritable victoire se joue en coulisses. Le groupe Canal+ Afrique a acquis les droits de diffusion de cet événement, prévoyant 3h30 de direct commenté en français et en wolof avec un dispositif technique digne des plus grandes rencontres de football. Fatou Sow Ba, directrice générale de Canal+ Sénégal, y voit la volonté de « valoriser ce sport qui passionne des millions de personnes ».
Cette internationalisation est saluée par tout l’écosystème de la lutte. L’ancien promoteur Aziz Ndiaye rappelle dans les colonnes de RFI que la discipline « attendait cela depuis plus de vingt ans ». Un enthousiasme partagé par Bira Sène, président de la Fédération sénégalaise de lutte, qui conclut : « Cette diffusion internationale permettra à des millions de téléspectateurs de découvrir la dimension sportive et la ferveur populaire qui entourent notre discipline. »





