
À quel point Zemmour et son tourmenteur se ressemblent, le devine-t-il, le savent-ils?
Je ne vois rien de juste dans l’humiliation de Zemmour. Elle ne me réjouit pas. Je n’admire pas les fascismes. Je ne pense pas qu’une brute qui crache sans risque sur un homme faible et puis s’en vante sur les réseaux sociaux, soit le moins du monde admirable. Un décivilisé n’est pas un rédempteur. Il ne rachète rien mais au contraire alourdit le malheur du monde. L’homme qui crache sur Zemmour ne consolera pas ceux et celles que Zemmour a peiné. Il n’est qu’un lâche vantard, indigne du beau nom d’opprimé. L’homme qui crache sur Zemmour n’est qu’un autre Zemmour, sans livre ni télévision, mais Snapchat est son estrade: à chacun sa comédie.
Lui peut-être pense avoir vengé les siens et sans doute des likes le lui disent, voudra-t-il les croire?
Zemmour raisonne ainsi, et ses partisans avec lui.
La même inhumanité et deux incultures
Zemmour croit, ses admirateurs le proclament, que ses violences de mots sont la revanche d’un peuple français blanc humilié et spolié dans son âme et son être, sa patrie, son histoire, sa race et sa foi. Éric Zemmour médit des migrants noyés, des femmes qui revendiquent, des mosquées et des juifs aussi qui avant 1940 étaient bien trop puissants. Zemmour aime l’Action française et aussi les sabreurs du général Bugeaud, mais s’il parle en brute, s’il justifie les discriminations, les contrôles au faciès, des lois raciales demain, et si déjà il flatte l’égoïsme et la peur et nous invite à nous défier des misères du monde, ce serait simplement par amour de la France, qu’il défend de rhétorique haineuse, comme d’autres crachent sur un homme au nom, mentent-ils, de leurs humiliés.
Zemmour est détestable tout autant que celui qui le brime. Ils ne se justifient pas, ils se complètent, se ressemblent, ils sont la même inhumanité et deux incultures. D’un côté l’abîme des réseaux sociaux où l’on invective et salit, et cette fausse dérision, le prank anglo-saxon, les rires malsains que l’on provoque en giflant bousculant abîmant devant un smartphone, le revenge porn, les harcèlements. De l’autre la culture dévoyée, l’histoire manipulée, la longue histoire des hommes et des Nations détournée d’ethnicisme, les humanismes niés, Pétain a sauvé les juifs et Maurras était un penseur, la colonisation une civilisation et la paix européenne un asservissement. Tout ceci se babille sur quelques médias adultes fatigués de penser, où l’on baptise «débats» des hystéries d’audiences, comme sur internet la saloperie est une pute à clics. Autant de marchepieds du fascisme mais à chacun son cirque.
«Je déteste à parts égales le cracheur et Zemmour. Je réfute l’idée que l’un justifierait l’autre.»
Zemmour et son cracheur s’emboîtent. Leurs prétextes se rencontrent. Zemmour est la preuve et l’excuse du fasciste au crachat, qui règle d’un mollard les comptes accumulés, et qu’on défende Zemmour prouve bien notre racisme. Le fasciste au crachat est la confirmation de Zemmour et de ses foules bêlantes, qui depuis des années nous racontent la fable du peuple français autochtone terrifié et chassé par les nouveaux sarrazins: et bien voilà, regardez fuir Zemmour devant le glaviot, il est tel un de nos blancs, il est nous, ne le disait-il pas?
Je déteste à parts égales le cracheur et Zemmour. Je réfute l’idée que l’un justifierait l’autre. Je me désole tous les jours de voir la haine et le fascisme considérées comme des opinions qu’il faudrait discuter. Je tremble des rues où la force s’impose, où l’on rit quand on vous crache dessus. Je refuse admettre une raison du cracheur. Je suis aussi bien incapable de plaindre sa victime. Je ne peux feindre la moindre sympathie pour Éric Zemmour.
On ne plaint pas le fascisme. Il est assez humiliant de le comprendre.




