
Convaincu que les musées sont au cœur de l' »idéologie woke », le président américain Donald Trump entend renforcer son contrôle sur la manière dont ils racontent l’histoire nationale. Les établissements culturels ne cachent pas leur inquiétude et tentent de résister contre cette vision de la « grandeur américaine ».
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Après les universités, Donald Trump s’en prend aux musées, mais un panel de trois juges de la première cour d’appel des États-Unis à Boston vient de lui donner tort. Ils ont maintenu, jeudi 11 septembre, la décision d’un juge qui empêche temporairement son administration de prendre des mesures pour limiter le financement des musées.
Cette décision donne un petit coup de frein à la guerre culturelle lancée par le locataire de la Maison Blanche. En mars, celui-ci avait signé un décret visant à supprimer sept agences fédérales jugées inutiles, dont l’Institute of Museum and Library Services (IMLS), l’unique organisme fédéral dédié au financement des bibliothèques et musées aux États-Unis.
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« Le wokisme est fini »
Depuis son retour au pouvoir, le président américain ne cache pas son ambition de reprendre en main les institutions culturelles et éducatives. Le 19 août, il a ainsi annoncé avoir demandé à la justice d’enquêter sur des musées américains qu’il accuse d’être « wokes ».
« Les musées de Washington, mais aussi à travers tout le pays, sont pour l’essentiel les derniers restes du ‘wokisme' », a dénoncé le président américain sur son réseau Truth Social. « J’ai donné instruction à mes procureurs de passer en revue [la politique des] musées et de commencer exactement le même processus suivi avec les universités, où d’immenses avancées ont été réalisées », a ajouté le milliardaire conservateur. « Ce pays ne peut pas être ‘woke’ car le ‘WOKISME’ EST FINI », a-t-il proclamé.
Quelques jours plus tôt, la Maison Blanche avait annoncé dans un courrier à l’institution qui gère une vingtaine de musées publics de Washington, la Smithsonian Institution, que le gouvernement allait mener un examen approfondi pour s’assurer de l' »alignement » des musées avec la vision de l’histoire des États-Unis prônée par Donald Trump, fondée sur « la vérité et la raison ».
« La Smithsonian est HORS DE CONTRÔLE », avait ajouté le président américain, déplorant que les musées de la capitale fédérale présentent, selon lui, une image « horrible de notre pays ».

Pour Samuel J. Redman, professeur à l’Université du Massachussetts, ces attaques contre les musées sont « sans précédent ». « L’administration Trump en est venue à considérer les musées américains de la même manière qu’elle perçoit les universités. Pour elle, ce sont des espaces qui ont un point de vue ‘woke’ sur l’Histoire, la race, le changement climatique, l’évolution et une foule d’autres sujets », explique ce spécialiste de l’histoire sociale, culturelle et intellectuelle des États-Unis.
Donald Trump juge ainsi que de nombreux musées du pays sont soumis à l’idéologie « woke », un terme péjoratif utilisé par les mouvements conservateurs en Europe et aux États-Unis pour dénoncer ce qu’ils jugent être des dérives du militantisme en matière de lutte en faveur des minorités et contre des injustices sociales et climatiques.
« L’administration Trump estime que les musées se concentrent excessivement sur l’exposition des vérités complexes et difficiles du passé de l’Amérique – telles que l’histoire de l’esclavage du pays, son expropriation des peuples autochtones et les impacts continus du racisme systémique – au détriment de la mise en lumière des réalisations du pays », précise Laura D. Beers, professeure associée d’histoire à l’American University de Washington.
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Une histoire américaine triomphante
Depuis sa première campagne présidentielle en 2016, Donald Trump a popularisé son slogan « Make America Great Again ». En lien avec ce cheval de bataille, il cherche à promouvoir une histoire américaine idéalisée. « Il veut que les Américains et les institutions culturelles ignorent, évitent ou minimisent les parties de notre passé qui sont douloureuses, difficiles et peu flatteuses. Il veut que l’histoire américaine soit triomphante, glorifiante et se concentre uniquement sur les choses positives. Il semble croire que nous ne pouvons être une grande nation que si nous n’avons jamais rien fait de mal ou d’injuste », analyse Bryan. A. Stevenson, fondateur du Legacy Museum, un musée centré sur l’esclavage et ses conséquences, à Montgomery, dans l’Alabama.

Les critiques du président se concentrent principalement sur les musées qui « parlent trop de la gravité de l’esclavage » et pas assez « des succès américains », selon cet avocat qui a consacré une grande partie de sa vie à la défense des détenus afro-américains. Pour Bryan A. Stevenson, cette période de l’Histoire est pourtant mal enseignée. « Résultat : nous restons une nation où l’inégalité raciale persiste, en matière d’emploi, de santé, d’éducation et d’opportunités », souligne-t-il. « De nombreux dirigeants politiques au pouvoir veulent maintenant ignorer ou prétendre que cette histoire et ces problèmes n’existent pas. L’interdiction des livres et la censure du contenu dans les musées et les espaces culturels sont le symptôme d’une stratégie malsaine visant à faire taire ceux qui veulent quelque chose de mieux pour notre nation », insiste-t-il.
En février 2017 pourtant, un mois après le début de son premier mandat, Donald Trump avait visité le Musée national d’histoire et de culture afro-américaines à Washington. « Aujourd’hui et chaque jour de ma présidence, je m’engage à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour tenir cette promesse de liberté pour les Afro-Américains et pour tous les Américains. Il n’y a rien de plus important », avait-il alors déclaré dans l’enceinte de cet établissement qui dépend de la Smithsonian Institution.


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