Le tambour-major inédit

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© Malick MBOW
© Malick MBOW

Doudou Ndiaye Coumba Rose, le plus grand tambour-major que le monde entier ait jamais hébergé, le maitre du tam-tam, nous a quittés ce mercredi 19 Août 2015 à l’âge de 85 ans. Le président Léopold Sédar Senghor disait : « le nègre frémit aux sons du tam-tam ». Au Sénégal,
celui qui nous a appris que chaque rythme de tam-tam était un message, une sorte de langage, comme un dialogue avec la nature et ses occupants, Doudou Ndiaye Rose le génie de très haut vol, le percussionniste de dimension internationale, le géant n’est plus parmi nous.

Quoi de plus beau pour un citoyen émérite que d’être honoré, de son vivant, par son pays pour service rendu à la nation : lui décerner des titres, l’ériger en exemple, lui donner des noms de place ou d’avenues, etc. Le comble pour certains valeureux citoyens sénégalais est d’avoir fait, au vu et au su de tous, des choses grandioses qui ont élevé notre nation sans avoir eu le privilège de la considération qu’ils méritaient.

Une vie d’empreintes :
Doudou Ndiaye Rose était un sacré personnage. Il disait lui-même : « je dresse le cuir afin d’en tirer les rythmes qu’il contient ». Il disait « pouvoir parler aux poissons en les caressant avec le rythme de son tam-tam ».
C’est lui qui créa le fameux groupe des majorettes qui tenait les Sénégalais en haleine et clôturait le défilé du 04 avril. A cause de lui, le Sénégal fût célèbre dans le monde avec ses majorettes. Il aurait pu nous composer notre hymne national mais le Sénégal a préféré les textes de Senghor.

Ses valeurs :
Si on faisait un tour du monde, on s’apercevrait que des artistes de la trempe de Doudou Ndiaye Rose sous tous sinon en majorité des millionnaires de dollars car l’excellence est le chemin le plus noble qui mène à la richesse. Mais, même si certains chemins sont plus courts que d’autres, Doudou Ndiaye Rose a tenté de faire avec les moyens du bord, le chemin le plus digne pour nourrir sa famille.
Une famille dont il a inséminé l’art du tam-tam, avec son langage, ses codes et ses secrets. Aussi, la richesse n’avait quasiment pas beaucoup de sens pour lui. Pour preuve, El Hadj Elimane Ndour, le père du célèbre musicien Youssou Ndour, disait juste après l’enterrement de Doudou Ndiaye Rose : « A chaque fois que quelqu’un de soi-disant influant se pointait devant Doudou Ndiaye Rose pour lui montrer son soi-disant pouvoir ou richesse, Doudou Ndiaye Rose se mettait à rire ». Tout ceci pour signifier la banalité de la richesse, du pouvoir et de ceux qui pensaient la détenir. Il voulait partager son don, son histoire au plus grand nombre et faire connaitre sa culture et par là son pays. Cet homme là, était quelqu’un.

Ses projets :
Création d’une école de percussion : il s’en était ouvert au président A. Wade qui lui avait fait des promesses. Mais, comme d’habitude, la promesse d’un politicien ne vaut pas un clou.
Son projet de replanter un arbre pour chaque tam-tam dénotait la fibre écologiste qui sommeillait chez le maitre du rythme que fût Doudou Ndiaye Rose. Un projet salutaire qu’il n’a pas pu mener à bout. Maintenant que Doudou Ndiaye Rose n’est plus, le ministère de l’environnement, à défaut d’avoir initié ce projet, devrait le porter et le faire vivre.
Par ailleurs, beaucoup d’artistes ont parlé, toujours après sa mort, de plusieurs projets que Doudou Ndiaye Rose envisageait de faire avec eux dont des films.
Le défi à relever appartient maintenant aux artistes comme Mbaye Dièye Faye, percussionniste émérite, les enfants de Doudou Ndiaye Rose, tous les Sénégalais pour tenir le flambeau de cet homme visionnaire et patriote. A eux, de se déchirer en deux pour que le projet d’école de Doudou Ndiaye Rose voit le jour et que ses résolutions ne soient pas enterrées avec lui.
Amadou Hampathé Bâ disait : « En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ». Doudou Ndiaye Rose était de ceux-là.

Vos éloges, vous pouvez vous les garder !
Les Sénégalais ont la fâcheuse habitude de vouloir célébrer, à titre posthume, des personnalités disparues. De son vivant, Doudou Ndiaye Rose disait ne pas vouloir des éloges et des titres que l’Etat du Sénégal pourrait lui décerner à titre posthume et préférerait, à la place, des prières « likhlass ». C’est en effet, une pure fumisterie que de proprement ignorer une personne puis de venir à son enterrement en courant avec une soi-disant compassion et des discours d’hypocrites accompagnés d’une grosse enveloppe. Comme toujours, au bal des hypocrites, ça se bouscule toujours au portillon. Il fallait les voir à l’enterrement. On en rirait presque de leur comportement théatral.
Alors que Doudou Ndiaye Rose n’a pas arrêté, pendant plusieurs années, de demander à l’Etat du Sénégal de l’aider à créer une école pour exprimer et enseigner son art. Les tentatives ont continué et la presse rapporte même que Doudou Ndiaye Rose aurait adressé 04 lettres au président Macky Sall, en vain s’il vous plait. « Il a eu tort de ne pas faire de politique ! » en langage de politicien. Quand on entend Doudou Ndiaye Rose dire qu’il a eu plus de reconnaissance de la part des « toubabs » et étrangers en général (américains, asiatiques et autres) que des siens, on a juste envie de pleurer. Quel gâchis. De ce constat répétitif et désolant, nous en déduisons que le Sénégal ne traite pas ses valeureux enfants à juste titre, surtout de leur vivant.

Demain, ce sera au tour d’une autre célébrité, qui sait. Il recevra ses lauriers et ses fleurs lorsqu’il sera à six pieds sous terre.

Doudou Ndiaye Coumba Rose, ton souvenir restera gravé à jamais dans nos mémoires. Que la terre te soit légère et que le bon Dieu t’accueille dans son Paradis en compagnie de ton bien aimé, le prophère Mouhammad SAW.

Vous avez la fierté des citoyens sénégalais.
Deugeu Nekhoul

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