L’architecte Francis SOSSAH, sur le palais de la culture à Abidjan, il s’inspire de son environnement et donne des inspirations « Bakku » sans tenir compte d’influences venues d’ailleurs, sauf l’ancrage dans sa culture. Il s’ouvre sur le vide et se reflète au plan d’eau en face de lui. Il écrit une écriture lui appartenant.

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Francis SOSSAH@Malick MBOW

LE-PALAIS-DE-LA-CULTURE-A-ABIDJAN

LE PALAIS DE LA CULTURE A ABIDJAN

L’architecte ivoirien Francis Sossah a conçu le Palais de la Culture Bernard Binlin-Dadié d’Abidjan (construit entre 1996 et 2002) en s’inspirant fortement de l’environnement local et des traditions africaines. Son écriture architecturale cherche un ancrage culturel profond tout en dialoguant avec les plans d’eau de la lagune et la nature environnante.

L’approche de Francis Sossah

  • Ancrage local : Il valorise le patrimoine matériel et immatériel africain sans dépendre des modèles extérieurs.
  • Harmonie naturelle : Le projet intègre des espaces ouverts qui se fondent dans le paysage lagunaire d’Abidjan.
  • Identité propre : Il développe une signature visuelle et spatiale qui appartient pleinement au contexte ivoirien et africain.

En architecture africaine, le concept de « Bakku » (terme traditionnellement lié au cri du cœur, à la célébration de soi ou au défi dans la lutte traditionnelle) s’exprime comme une affirmation identitaire et un manifeste de souveraineté culturelle. À travers le Palais de la Culture d’Abidjan, Francis Sossah « manifeste son Bakku » de plusieurs façons majeures :

  • Un cri de fierté culturelle : L’édifice refuse le mimétisme occidental pour s’ériger en monument de l’Afrique d’aujourd’hui, fière de son patrimoine matériel et immatériel.
  • Le dialogue avec le vide et l’eau : En s’ouvrant sur l’immensité de la lagune Ébrié, la structure s’auto-célèbre à travers son propre reflet, une théâtralité architecturale propre au déploiement du Bakku.
  • L’écriture d’une géométrie propre : À l’image du théâtre à ciel ouvert et des formes sculpturales du site, le geste technique devient une poésie intime qui n’appartient qu’au sol ivoirien.

Le Palais de la Culture Bernard Binlin-Dadié d’Abidjan, conçu par Francis Sossah, matérialise ce geste d’affirmation identitaire à travers deux éléments clés de sa structure :

  1. Le Théâtre à ciel ouvert : Le cri suspendu sur le vide

Le théâtre à ciel ouvert de 2 500 places est l’épicentre physique de ce Bakku architectural.

  • L’ouverture au vide : En refusant les boîtes noires fermées du modèle théâtral occidental, l’architecte conçoit une immense arène qui s’ouvre directement sur le ciel et l’horizon. L’espace vide n’est pas une absence, mais un pont spirituel.
  • Le retour à la place publique : Sa forme rappelle les espaces de palabres traditionnels et les arènes de lutte où le performeur s’exprime face à la communauté, sans barrière artificielle avec les éléments de la nature.
  1. Le miroir de la Lagune Ébrié : L’auto-célébration du monument

Situé à Treichville, idéalement ancré sur le front lagunaire entre le pont Félix-Houphouët-Boigny et le pont Général-de-Gaulle, le bâtiment utilise l’eau comme un prolongement de lui-même.

  • Le reflet double : En se mirant dans la lagune Ébrié, le Palais de la Culture double sa présence visuelle. C’est l’essence même du Bakku : l’édifice s’auto-observe, s’affiche et s’auto-célèbre face au cœur battant d’Abidjan.
  • Le symbole Akan : Le design global s’inspire de la silhouette d’un siège royal Akan (tabouret royal), symbole de noblesse, d’assise et de souveraineté locale. Posé au bord de l’eau, ce trône architectural affirme qu’il n’emprunte ses codes à aucune puissance étrangère.

L’écriture de Francis Sossah s’approprie le béton pour en faire une poésie texturée, purement ivoirienne, fusionnant la modernité technique et l’âme africaine.

La matérialité et la géométrie choisies par Francis Sossah pour le Palais de la Culture Bernard Binlin-Dadié d’Abidjan ne sont pas de simples choix esthétiques. Elles sont au cœur de son Bakku, matérialisant une souveraineté technique et culturelle à travers des symboles profonds.

  1. La Symbolique Akan : L’architecture du Trône (Gwa)

Le Palais de la Culture est une œuvre d’art plastique à grande échelle. Sa silhouette globale est directement inspirée de la forme d’un siège ou tabouret royal Akan (Seba ou Gwa) :

  • L’assise incurvée : Les grandes lignes incurvées de la toiture principale imitent la courbure caractéristique du plateau supérieur du siège traditionnel Akan, symbole de pouvoir, d’enracinement et de stabilité politique et spirituelle.
  • Le socle et les piliers : Dans la culture Akan, le siège royal est le réceptacle de l’âme du peuple. En posant ce trône géant face à la lagune, Francis Sossah en fait le gardien de l’âme et de la mémoire de la Côte d’Ivoire.
  1. Les Matériaux et la Lumière : Capter l’éclat de la Lagune

Pour que le bâtiment s’ouvre au vide et fusionne avec son environnement sans artifice, Francis Sossah a orchestré un contraste fort de textures :

  • Le béton brut sculpté : Le béton est ici débarrassé de la froideur industrielle européenne. Traité en grandes surfaces géométriques épurées, il sert de toile neutre pour accrocher la lumière crue des tropiques. Ses lignes massives rappellent la force des sculptures en bois d’Afrique de l’Ouest.
  • Les façades réflectives : L’utilisation de grands vitrages et de textures lisses permet au bâtiment de changer de couleur tout au long de la journée, absorbant le bleu du ciel ivoirien et les teintes ocres du coucher de soleil.
  • L’ouverture structurelle : Les larges galeries et les parvis ne cherchent pas à bloquer l’air. Les matériaux créent des filtres d’ombre et de lumière, exploitant les courants de la lagune Ébrié pour ventiler naturellement les espaces de transition

L’architecte en chef du tout premier Palais de la Culture d’Abidjan est, comme vous l’avez mentionné, Francis Sossah. Il a conçu ce chef-d’œuvre de Treichville à la fin des années 1990 en y insufflant sa philosophie du Bakku.

Concernant le deuxième Palais de la Culture, construit à Boundiali (Nord) sous l’impulsion de la députée-maire Mariatou Koné :

  • La maîtrise d’œuvre et la construction ont été confiées à la grande entreprise de BTP ivoirienne AFRIBAT.
  • Bien que l’identité de l’architecte designer individuel ou du cabinet d’architecture local associé pour ce projet du Nord reste peu médiatisée (le projet étant porté publiquement par la municipalité et l’équipe technique d’Afribat), l’œuvre s’inspire directement du geste de décentralisation culturelle et de l’arène à ciel ouvert initiés par l’esprit de Sossah.

L’architecte Francis Sossah pilote ses grands projets à travers son réseau de cabinets ACA (Architectes Consultants et Associés), solidement implanté à Abidjan, Accra et Cotonou. [1]

Au-delà du Palais de la Culture d’Abidjan, son travail se divise entre de grandes infrastructures économiques, des résidences institutionnelles innovantes et un engagement majeur pour la transmission pédagogique :

  1. Les projets institutionnels, économiques et résidentiels
  • La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) : Francis Sossah intervient comme architecte conseil pour cette institution financière majeure d’Afrique de l’Ouest.
  • Les logements économiques de la SIR (Société Ivoirienne de Raffinage) : Un vaste projet immobilier à Abidjan axé sur l’accessibilité sociale, mariant aménagement urbain et contraintes économiques locales.
  • La Résidence de l’Ambassade de Suisse à Abidjan : Un projet moderne d’édifice innovant et durable intégrant une construction en terre. Pour cette réalisation, son cabinet ACA a collaboré avec une agence lausannoise afin de valoriser les éco-matériaux et l’économie locale.
  • Le Pavillon de la Côte d’Ivoire à la Biennale de Venise (2016) : Choisi comme curateur, il y a exposé sa vision d’une architecture ancrée dans la sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel africain.
  1. Bâtir l’avenir : L’École d’Architecture d’Abidjan (EAA)

L’un de ses plus grands chantiers n’est pas en béton, mais en savoir. Francis Sossah est l’un des membres fondateurs clés derrière la création de l’École d’Architecture d’Abidjan (EAA). Il s’investit directement auprès des nouvelles générations pour enseigner l’histoire de l’architecture ivoirienne et promouvoir l’utilisation des matériaux locaux.

  1. Une influence panafricaine

Son leadership et sa philosophie du Bakku lui ont valu d’être élu Président de l’Union des Architectes d’Afrique (UAA) lors du congrès de Kinshasa. À ce poste, il milite activement pour la protection du patrimoine architectural moderne africain face à la pression immobilière.

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