Le long combat pour le trésor d’El Hadj Oumar Tall La famille de l’illustre érudit toucouleur réclame toujours à la France la restitution de plus de 500 manuscrits pillés pendant la colonisation

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El Hadji Oumar TALL @MALICK MBOW

(SenePlus) – Sept ans après la restitution du sabre de leur aïeul, les descendants d’El Hadj Oumar Tall poursuivent leur lutte pour récupérer des centaines de manuscrits conservés en France. Dans un article détaillé publié le 8 avril 2026 par l’hebdomadaire Jeune Afrique, la journaliste Marième Soumaré met en lumière ce combat à la fois mémoriel et politique, désormais soutenu au plus haut sommet de l’État sénégalais.

Lors de la cérémonie de remise du sabre du fondateur de l’empire toucouleur, le 19 novembre 2019, le porte-parole de la famille Ahmadou Tall avait posé un jalon crucial. Il avait rappelé à la délégation française que 518 manuscrits ayant appartenu au guide spirituel étaient toujours détenus par la Bibliothèque nationale de France (BNF), selon les informations rapportées par Jeune Afrique. Ces documents inestimables, mêlant théologie et histoire, ont été pillés lors de la prise du « trésor de Ségou » par les troupes coloniales.

Face aux fins de non-recevoir de Paris, qui a même refusé la simple numérisation de ces œuvres, la famille Tall a décidé de porter l’affaire au niveau présidentiel. Le 23 mars 2025, le khalife Thierno Madani Tall a été reçu par le président Bassirou Diomaye Faye pour solliciter l’aide de l’État dans ce dossier complexe. Comme l’indique Marième Soumaré, la présidence sénégalaise a apporté son soutien total à cette requête, envisageant à terme de conserver ces écrits dans une bibliothèque attenante à la mosquée omarienne de la Médina, à Dakar.

Jusqu’à présent, le principe d’inaliénabilité des collections publiques françaises bloquait toute restitution définitive, le sabre n’ayant été rendu que grâce à une loi d’exception votée fin 2020. Cependant, le rapport corédigé en 2018 par Felwine Sarr et Bénédicte Savoy a ouvert la voie à une loi-cadre sur les restitutions. Adopté par le Sénat français fin janvier 2026, ce texte gouvernemental vise à faciliter le retour des biens culturels vers les États étrangers sans avoir recours à des lois spécifiques répétitives.

Pour les nouvelles autorités sénégalaises, cette quête dépasse la simple dimension religieuse et s’aligne avec la doctrine souverainiste du Pastef au pouvoir. La journaliste de Jeune Afrique rapporte les propos d’Abdoulaye Koundoul, conseiller du Premier ministre Ousmane Sonko, qui considère cette démarche comme une exigence morale et politique permettant d’anticiper l’écriture d’un récit historique propre. Célébrer El Hadj Oumar Tall, perçu à la fois comme un érudit soufi et un résistant acharné, constitue une étape fondamentale pour valoriser les véritables héros du continent africain.

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