Par la rédaction
« Nous n’avons plus le droit de construire sans conscience. » Ce cri du cœur de l’architecte malienne Mariame Keita résonne aujourd’hui comme un manifeste incontournable pour l’avenir des villes africaines. Face à l’expansion agressive du tout-béton et des façades de verre, elle oppose une vision radicale, souveraine et profondément ancrée dans la terre.
Le mirage du verre et du ciment
Dans nos métropoles, le mimétisme architectural fait des ravages. En important des modèles occidentaux et asiatiques conçus pour d’autres latitudes, nous transformons nos bâtiments en bouilloires thermiques, dépendantes d’une climatisation artificielle et énergivore. Ce « copier-coller » urbain n’est pas seulement une hérésie climatique : c’est une colonisation spatiale et économique qui asphyxie nos identités locales au profit de matériaux importés.
Le Mouvement Bàkku : Un chant de résistance
Mariame Keita propose de rompre définitivement avec cette dépendance à travers le puissant mouvement doctrinal panafricain. S’inspirant du bàkku — ce chant de défi et d’affirmation des lutteurs traditionnels dans l’arène —, elle appelle la nouvelle génération de bâtisseurs à revendiquer fièrement leur espace.
Ce manifeste repose sur trois impératifs politiques et techniques majeurs :
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- La souveraineté spatiale : Dessiner des espaces calqués sur nos modes de vie et nos géographies, et non sur des fantasmes standardisés.
- L’ancrage bioclimatique : Imposer l’usage de matériaux biosourcés et locaux (comme la terre crue) pour réduire notre empreinte et relancer les économies circulaires.
- L’intégration artistique : Associer les artisans, sculpteurs et plasticiens dès la genèse des projets urbains pour sanctuariser la mémoire collective dans la matière même des édifices.
La leçon de Tombouctou : La modernité est dans la terre
Cette conviction n’est pas théorique, elle s’est forgée sur le terrain. En participant aux côtés de l’UNESCO à la réhabilitation historique des mausolées de Tombouctou, détruits en 2012, Mariame Keita a mesuré la supériorité technique des savoir-faire endogènes. Ce chantier a prouvé que la pierre locale (alhore) et la terre crue, sublimées par le génie des maîtres-maçons traditionnels, offrent des performances bioclimatiques et une durabilité qu’aucun matériau moderne ne peut égaler.
L’éco-habitat n’est pas un retour vers le passé, c’est une ingénierie d’avenir. À travers son atelier AMASEY et sa coopérative Eco-Habitat-Scoops, l’architecte démontre au quotidien que la brique de terre comprimée et l’adobe sont les armes d’une autonomie constructive majeure pour les communautés locales.
Il est temps de bâtir avec conscience. L’architecture africaine de demain sera durable, humaine et fière, ou elle ne sera pas. Mariame Keita nous montre la voie : celle d’un retour salvateur à la terre nourricière pour réinventer la modernité.
Auteur Malick MBOW, président de BAKKU




