Qui est Mojtaba Khamenei, le fils du guide suprême tué en Iran, dont le nom circule pour diriger le pays ?

0
94
Mojtaba Khamenei le fils guide supreme de l’Iran©Malick MBOW

Inconnu du grand public, le fils d’Ali Khamenei serait l’une des figures les plus influentes du pays, exerçant le pouvoir en coulisses.

Publié Mis à jour 

Temps de lecture : 5min

Photographie de Mojtaba Khamenei, l'un des enfants de l'ayatollah Ali Khamenei, prise à Téhéran le 3 octobre 2024, et fournie par le bureau du guide suprême de l'Iran. (KHAMENEI.IR / AFP)
Photographie de Mojtaba Khamenei, l’un des enfants de l’ayatollah Ali Khamenei, prise à Téhéran le 3 octobre 2024, et fournie par le bureau du guide suprême de l’Iran. (KHAMENEI.IR / AFP)

L’ayatollah Khamenei avait écarté son fils de sa succession, ne souhaitant pas « que la fonction de guide suprême soit héréditaire », rapportait le New York Times(Nouvelle fenêtre) le jour de sa mort, samedi 28 février. Le nom de Mojtaba Khamenei circule pourtant comme potentiel successeur du dirigeant iranien. Un possible paradoxe, car la République islamique s’est construite en opposition à la monarchie héréditaire du chah d’Iran, relève France 24(Nouvelle fenêtre).

À lire aussi

Direct

Guerre au Moyen-Orient : Donald Trump dit que le prochain dirigeant iranien « ne tiendra pas longtemps » sans son aval

Agé de 56 ans, Mojtaba Khamenei est né dix ans avant la révolution islamique de 1979. Durant son enfance, son père s’opposait au chah, Mohammad Reza Pahlavi. Inconnu du grand public, ce deuxième fils d’Ali Khamenei serait en réalité l’une des figures les plus influentes d’Iran. Mojtaba Khamenei a « opéré dans l’ombre de l’empire de son père » et serait connu pour ses « liens étroits avec les Gardiens de la Révolution », l’armée idéologique de la République islamique, écrit le New York Times(Nouvelle fenêtre). Selon Associated Press(Nouvelle fenêtre) (AP), il a « combattu durant la guerre Iran-Irak (1980-1988) avec le bataillon Habib ibn Mazahir, une division des Gardiens de la révolution. »

Un rôle dans le « centre névralgique de la République islamique »

A l’issue de la guerre, en 1989, Ali Khamenei accède au siège de Guide suprême. Le pouvoir de Mojtaba Khamenei se serait alors « accru aux côtés de celui de son père », relate AP. Pendant des années, il aurait joué un rôle au sein du bureau du Guide suprême, selon le média monarchiste Iran international(Nouvelle fenêtre). Ce bureau est présenté comme « le centre névralgique de la République islamique » par United Against Nuclear Iran(Nouvelle fenêtre).

D’après cette organisation américaine qui fait pression sur les entreprises mondiales pour couper les revenus du programme nucléaire iranien, Mojtaba Khamenei y jouerait un « rôle clé dans la liaison avec l’organisation du renseignement, l’appareil de sécurité intérieure et le Corps des gardiens de la révolution islamique. » Sa position a souvent été comparée à celle d’Ahmad Khomeini, fils du fondateur de la République islamique, Rouhollah Khomeini, qui a joué un rôle clé durant les premières années du régime des mollahs, rapporte Iran international.

Mojtaba Khamenei est par ailleurs accusé d’avoir soutenu en coulisses l’élection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2005, ainsi que sa réélection contestée en 2009, qui a mené à un mouvement de contestation durement réprimé. Des figures de l’opposition l’ont également accusé d’avoir coordonné « la répression de la dissidence », selon Iran international. Preuve de l’influence officieuse du fils de Khamenei, des télégrammes diplomatiques américains publiés par WikiLeaks à la fin des années 2000 désignaient le jeune Khamenei comme celui exerçant le pouvoir dans l’ombre. L’une ces communications rapportait que Mojtaba Khamenei avait mis son propre père sur écoute et aurait constitué ses propres relais de pouvoir au sein du pays, souligne AP.

Le représentant de la continuité du régime des Mollahs

Selon les informations de l’agence de presse américaine, le fils de l’ayatollah Khamenei n’a pas été vu publiquement depuis la mort de son père, samedi. Sa femme, Zahra Haddad, issue d’une famille proche du régime, a également été tuée dans la frappe aérienne israélienne. « Avec son père et sa femme considérés (…) comme des martyrs dans la guerre contre l’Amérique et Israël, la réputation de Khamenei a probablement augmenté auprès des clercs vieillissants de l’Assemblée des experts, (…) qui choisira le prochain guide suprême du pays », écrit AP.

Mojtaba Khamenei est souvent critiqué pour son manque de connaissances théologiques, relate France 24. Mais pour Mehdi Rahmati, analyste à Téhéran, interviewé par le New York Times« Mojtaba est le choix le plus avisé en ce moment, car il connaît intimement la gestion et la coordination des appareils de sécurité et militaires. » Selon l’analyste, si Mojtaba Khamenei peut facilement séduire les partisans du gouvernement, les opposants le verraient comme une continuation directe du régime mis en cause dans la répression meurtrière des manifestations de l’hiver.

Le fils d’Ali Khamenei a face à lui deux autres potentiels successeurs : Alireza Arafi, un religieux et juriste faisant partie du Conseil de transition nommé après la mort de l’ayatollah Khamenei, et Seyed Hassan Khomeini, petit-fils du père fondateur de la révolution islamique. Contrairement à Mojtaba Khamenei, tous deux sont perçus comme des modérés, écrit le New York Times.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici