Le Musée des civilisations noires au cœur d’un débat mondial sur la restitution

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MOHAMED-ABDALLAH-LY @MALICK MBOW
La Date de réouverture de la musée des civilisations noires connue
La Date de réouverture de la musée des civilisations noires connue
Le Musée des civilisations noires du Sénégal revendique le droit de l’Afrique à préserver son patrimoine culturel et à raconter sa propre histoire.
the Museum of Black Civilisations
Le Musée des civilisations noires.Franck Kuwonu

 

 

Inauguré en décembre 2018, à Dakar, au Sénégal, le Musée des civilisations noires (MCN) est le fruit d’une longue histoire de revendications culturelles et politiques des pays africains, visant à se réapproprier leur patrimoine culturel et à affirmer leur identité. Aujourd’hui, il est un acteur clé dans le débat international sur le retour en Afrique du patrimoine culturel – des objets emportés pendant la période coloniale et aujourd’hui conservés et exposés dans des institutions étrangères, en dehors de leur pays d’origine. L’idée d’un tel musée remonte aux années 1960, dans le sillage des luttes anticoloniales de l’Afrique. Le premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, poète, philosophe et homme politique, avait parlé dès 1966 d’un lieu – une sorte de retour au pays – où l’Afrique exposerait son histoire et ses arts. Le président Senghor a formulé ce rêve pour la première fois en 1966 lors du premier Festival mondial des arts nègres à Dakar, un événement historique et fondateur qui a rassemblé des artistes, des intellectuels et des chefs d’État d’Afrique et de la diaspora.

C’est ainsi qu’est né le rêve d’un espace dédié aux civilisations africaines, capable de raconter et de partager leurs propres histoires.Mais ce n’est que 50 ans plus tard que le projet a pris forme. A Dakar, sur un site proche de celui du « Village des Arts » initialement envisagé, le Musée des civilisations noires a été érigé. Le directeur du musée, Mohamed Abdallah Ly, voit dans ce bâtiment moderne et symbolique une réponse directe au manque supposé d’équipements, d’expertise ou d’infrastructures capables de conserver et de promouvoir le patrimoine restitué, « des arguments souvent avancés en Europe pour justifier la rétention d’œuvres africaines », dit-il. Le débat sur la restitution est ancien. Toutefois, selon M. Ly, c’est dans les années 2010, avec la montée des mouvements appelant à la décolonisation du savoir, la lutte contre le racisme systémique et l’activisme numérique des jeunes générations, que la question est revenue sur le devant de la scène avec vigueur. Ces incidents ont donné lieu à des arrestations et ont amplifié les appels à la restitution des objets culturels africains.

Dans ce contexte plus large, le Musée des civilisations noires de Dakar vise, comme le dit M. Ly, à démontrer que l’Afrique dispose d’une infrastructure capable d’abriter et de protéger ses trésors redécouverts. Pourtant, six ans après l’ouverture de ses portes, les résultats restent maigres. Un seul objet majeur est officiellement entré dans sa collection par le biais d’une restitution : le sabre d’El Hadj Omar Tall, chef de la résistance anticoloniale au XIXe siècle. Le retour et l’arrivée du sabre à Dakar en 2019 ont été largement célébrés dans tout le Sénégal, mais l’objet a été restitué dans le cadre d’un « prêt » renouvelable de cinq ans. Le sabre, désormais exposé dans une pièce isolée du musée, soulève un certain nombre de questions : Pourquoi si peu d’objets ont-ils été restitués, malgré les promesses faites ? Pourquoi un prêt plutôt qu’une restitution définitive ?

Ces questions, soulevées tant par les visiteurs que par les décideurs, sont les bienvenues, a observé M. Ly, car elles soutiennent la mission du Musée et rappellent que la bataille pour le patrimoine africain doit encore être gagnée, malgré quelques avancées symboliques. Pour l’avenir, le Musée des civilisations noires se prépare à accueillir d’autres objets, notamment des manuscrits et d’autres trésors historiques liés à l’épée d’El Hadj Omar Tall, revendiquée par ses descendants. Mais le musée vise aussi à approfondir ses racines, localement et internationalement, en nouant des partenariats scientifiques et en mobilisant les jeunes générations pour qu’elles apprennent à mieux connaître leur histoire à travers ces artefacts.

 

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