
Souleymane Bachir Diagne dresse le diagnostic d’un monde « tribalisé » où la laïcité sert de champ de bataille aux guerres identitaires. Le philosophe appelle à revenir à une laïcité protectrice des libertés, capable de résister aux fondamentalismes

Souleymane Bachir Diagne, philosophe sénégalais et professeur à l’université Columbia, estime que la laïcité traverse une crise profonde dans un monde « tribalisé », mais demeure un principe indispensable pour organiser la coexistence pacifique des croyances.
À l’invitation de Christophe Boisbouvier sur RFI, Souleymane Bachir Diagne intervient à l’occasion des 120 ans de la loi française du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, texte fondateur de la laïcité en France.
Dans cet entretien, le philosophe constate que le « socle commun » de la laïcité est « menacé » par la montée des fondamentalismes religieux, des replis identitaires et des guerres culturelles qui opposent désormais des blocs communautaires plutôt que des projets politiques. Il décrit une « tribalisation » de l’humanité où les appartenances ethniques, religieuses ou nationales deviennent des armes de polarisation, faisant de la laïcité une « victime collatérale » de ces tensions plutôt qu’un outil partagé de régulation.
Souleymane Bachir Diagne met en garde contre l’instrumentalisation de la laïcité comme marqueur identitaire ou outil de stigmatisation, ce que dénoncent également plusieurs tribunes et analyses récentes sur l’évolution du régime français de laïcité. Il plaide pour revenir à l’esprit originel de 1905, qui garantissait d’abord la liberté de conscience, le libre exercice des cultes et la neutralité de l’État, en faisant de la laïcité un cadre protecteur pour toutes les convictions plutôt qu’un dispositif de surveillance des citoyens.
Malgré le diagnostic d’un « monde tribalisé », le philosophe défend la nécessité de « reconstruire de l’universel » en faisant « humanité ensemble », thème central de ses travaux récents et de son livre sur l’universalisation. Il appelle à une politique de l’humanité où les cultures et les religions dialoguent pour produire un universel partagé, en s’appuyant sur la laïcité démocratique comme cadre commun, et non comme frontière entre des « îlots identitaires ».


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