Jour de bàkku…
Dix-sept heures. Bientôt le soleil déclinera, bientôt le dernier rayon de lumière, bientôt la nuit. Mais bientôt attendra : dix-sept heures, le soleil est là, qui illumine l’arène. On a bien le temps d’installer en demi-cercle des tams-tams. Et de peindre sur les peaux tannées, quelques notes qui, peut-être, décideront le soleil à retarder sa mort. Qui le décideront à peut-être rester plus longtemps : rester, pour regarder comme tous, contempler comme toutes, s’extasier comme tous et toutes, du spectacle qui se prépare !
Dix-sept heures. Les torses sont déjà nus, qu’on enduit d’eaux mystiques, que reçoivent des onctions préparées par on ne sait quel vieux dans quel village et pour on ne sait quel but. Le soleil fait défiler son projecteur sur une arène déjà pleine de monde. Les tams-tams, leurs notes, le rythme , l’animation ! On est samedi. Les uns et les autres sont dans leurs habits de fête. Plus tôt, c’était un bon ceebu jën national dégusté en famille, autour de grands bols, discutant, pronostiquant sur l’issue des combats. Plus tôt, c’était le léwël bu entre copains. Plus tôt, c’est des « on se retrouve à l’arène ». Plus tôt, c’était des « viens tôt cher ami. Il ne faudrait, sous aucun prétexte, rater la bàkku »…
Dix-sept heures, un samedi. L’arène, le njuug, le Ndaw-ràbbin, Eumeu Sène, Paul Maurice…Le soleil est là, accompagnant les chorégraphies. Il y a Babou Ngom : son esprit. Il y a Doudou Ndiaye Coumba Rose : son esprit. Il y a Mayé Ndép : son esprit. Ça ne crie pas fort dans le micro. Ça crie assez fort pour que les alentours de l’arène rendent l’échos, lorsque la cantatrice lance son « yeen waago yéé… ». Ça jubile dans le stade, sur les gradins. Certains n’en pouvaient plus de danser qu’à partir de leur place : ils se levèrent, on les applaudit, ils firent deux pas, dix pas, des pas. Quand on a le bàkku dans le sang, on ne peut que bàkku lorsque tams-tams et voix appellent…
Dix-sept heures, un samedi, un jour d’arène, un jour de bàkku. Il y a des télévisions étrangères. Elles sont venues pour la lutte : elles ne sont pas venues que pour la lutte. Elles sont venues pour le bàkku : elles ne sont pas venues que pour le bàkku qui s’exécute en prélude des combats de lutte. On est 20** et un concept qui avait germé dans l’esprit de quelques architectes a fini par faire le tour du monde. La transposition de l’esprit du bàkku de la lutte à l’architecture avait fini de se faire. On disait bàkku à New-York comme on disait bàkku à Bakou. On faisait des symposiums sur le bàkku à Accra comme on en faisait à Ankara. Quelques architectes, quelques philosophes, quelques artistes et un pouvoir politique qui avaient cru au concept l’ont fait voyager à travers le monde. Lorsqu’on pense maintenant lutte et bàkku, on ne pensait plus qu’aux lutteurs et batteurs de tam-tam. Maintenant, on pensait aussi architecture…
Dix-sept heures, un samedi, une journée nationale de bàkku. On est venu écouter les piliers parler de ce mouvement qu’ils ont bâti et qui a fini par imposer un style particulier mais universel dans un monde de l’architecture qui se répétait et se répétait. La faute, à quelque chose qui sera qualifié comme une panne mondiale d’inspiration… Les lutteurs ont déjà bàkku. Les premiers combats se sont tenus, reste le grand combat. Avant cela, le speech. Les gens du bàkku architecturale sont invités à parler de leur mouvement. La RTS, la RSI, les autres télés et radios du Sénégal. France 24, RFI, quelques autres médias d’ailleurs. Une voix : « le bàkku c’est… »
Moussa Seck, journaliste



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