En froid avec Anne Hidalgo, le député PS Emmanuel Grégoire, ex-premier adjoint de la maire de la capitale, veut être l’élu « de la réconciliation des Parisiennes et des Parisiens ».

Par Julien Boitel, Laurent Thévenin
La course à l’Hôtel-de-Ville de Paris s’accélère à gauche. Quatre mois après avoir quitté sa fonction de premier adjoint d’Anne Hidalgo pour devenir député, Emmanuel Grégoire a annoncé mardi dans un entretien au « Parisien » sa volonté de représenter le Parti socialiste aux élections municipales de mars 2026 pour tenter de conserver la Mairie de Paris à gauche.
« Pour apaiser les tensions, pour poursuivre les indispensables transformations, je veux être le maire de la réconciliation des Parisiennes et des Parisiens de cette ville », a-t-il déclaré.
Emmanuel Grégoire veut rassembler à gauche
Le député de 46 ans a pendant longtemps été vu comme le dauphin incontestable d’ Anne Hidalgo . Mais les relations avec l’ex-candidate socialiste à la présidentielle se sont tendues et tous deux sont désormais en froid. La maire de Paris reproche à Emmanuel Grégoire sa proximité avec le patron du PS, Olivier Faure, qu’elle accuse d’être responsable de sa défaite à la présidentielle de 2022.
L’ex-premier adjoint rejoint la bataille pour la Mairie de Paris à seize mois de l’élection. « Seize mois, c’est peu pour une ville aussi complexe et singulière que Paris », souligne Emmanuel Grégoire, qui promet de « construire un projet avec rassemblement de la gauche le plus large possible ». Non sans ajouter que les « divergences avec Jean-Luc Mélenchon sont insurmontables ».
Emmanuel Grégoire peut compter sur son récent succès lors des élections législatives de juin dernier, où il a infligé une cinglante défaite au député macroniste sortant et ex-ministre Clément Beaune, en emportant la 7e circonscription de Paris dès le premier tour.
Sans le soutien d’Anne Hidalgo
Le député a d’ores et déjà le soutien de 450 militants socialistes de la fédération de Paris, qui ont lancé un appel en sa faveur. « Dans l’hypothèse où Anne Hidalgo ne se représenterait pas, c’est le mieux préparé, celui a qui le plus travaillé sur son projet pour Paris », abonde un élu PS au Conseil de Paris.
L’actuelle maire de la capitale, âgée de 65 ans, continue de maintenir le suspense sur une éventuelle troisième candidature en 2026. « Le temps n’est pas encore venu », a-t-elle récemment déclaré. Mais un proche assure à l’AFP qu’elle « n’a pas envie de se représenter, c’est assez clair pour tout le monde ». Selon cette même source, elle aurait décidé de soutenir le sénateur PS de Paris Rémi Féraud. Ce dernier a d’ailleurs indiqué au Parisien qu’il se « préparait ».
« Si jamais la maire de Paris ne se représentait pas, celui qui a la capacité de rassembler, c’est Rémi Féraud », estime un membre de l’exécutif, fustigeant, à propos d’Emmanuel Grégoire, « une démarche de rupture qui ne s’assume pas vraiment ».
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Pour Emmanuel Grégoire, « un nouveau cycle s’ouvre » : Anne Hidalgo « a annoncé plusieurs fois qu’elle ne ferait que deux mandats. Je la crois », dit-il. Le candidat souhaite incarner le renouvellement « en toute liberté ». L’ex-premier adjoint dit s’inscrire « dans une démarche collective. Je suis très respectueux des règles de ma famille politique. La première étape indispensable sera donc d’obtenir le soutien des militants socialistes, c’est d’eux que proviendra la légitimité du ou de la candidate. Je respecterai leur choix. »
Dans l’opposition, Rachida Dati, l’actuelle ministre de la Culture et maire du 7e arrondissement, avait annoncé sa candidature dès le début de cette année. Pierre-Yves Bournazel (Horizons), coprésident du groupe d’opposition Union Capitale formé cet été avec des élus LR, est lui aussi sur les rangs.
Selon un sondage Ipsos dévoilé lundi dans « Le Parisien » sur les potentiels candidats à la Mairie de Paris, Anne Hidalgo obtient 28 % d’opinions favorables, derrière Gabriel Attal (42 %) et Rachida Dati (39 %). Emmanuel Grégoire arrive en 4e position, avec 16 %.
En France, les maires de droite en position de force
A seize mois des élections municipales de 2026, une enquête de l’Ifop révèle ce mardi que les enjeux qui mobilisent les électeurs en cette fin de mandat municipal sont « en phase » avec les thèmes habituels des forces politiques de droite (LR, DVD) comme la sécurité.
La popularité des maires, qui s’est globalement renforcée avec un taux de satisfaction de 70 % contre 61 % en 2017, est plus élevée à l’égard des maires de droite (69 %) que de gauche (64 %), souligne l’étude. Les maires de droite ont une « assise structurellement plus solide », avec des taux de réélection plus élevés dans les banlieues aisées (69 %), les communes de moins de 10.000 habitants (55 %) ou celles dirigées par un homme (55 %).
A l’inverse surreprésentés dans les villes où le mécontentement populaire est le plus fort (banlieue populaire, grandes villes), les maires de gauche partent avec un risque de « dégagisme » plus important.
L’enquête a été réalisée en ligne du 31 octobre au 1er novembre auprès d’un échantillon représentatif de 2.002 personnes âgées de 18 ans et plus.
Julien Boitel, avec Laurent Thévenin




