BAKKU est l’expression architecturale de l’Afrotopia : une tentative de bâtir une modernité africaine qui soit à la fois « localement enracinée et universellement pertinente ». 

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Portrait de Felwine SARR 2024 © Malick MBOW
Portrait de Felwine SARR 2024 © Malick MBOW

Afrotopia est un concept philosophique et politique majeur développé par l’écrivain et économiste sénégalais Felwine Sarr dans son essai éponyme publié en 2016.

Le terme désigne une « utopie active » : un projet visant à ce que l’Afrique se réapproprie son propre destin en dehors des modèles imposés par l’Occident.

Les piliers du concept

  • Décolonisation mentale : Sarr appelle l’Afrique à achever sa décolonisation en se libérant des « injonctions de rattrapage » (développementisme, PIB) pour produire ses propres métaphores du futur.
  • Souveraineté intellectuelle : Le continent doit devenir le sujet de son propre discours, en utilisant ses propres concepts et langues pour penser son avenir.
  • Équilibre des ordres : Afrotopia propose une civilisation qui place l’humain au centre, en recherchant un équilibre entre les ordres économique, culturel, spirituel et écologique.
  • Puiser dans les racines : Le projet s’appuie sur des valeurs africaines endogènes comme l’Ubuntu (humanité par la relation), la Teranga (hospitalité) ou les savoirs ancestraux pour bâtir une modernité inédite.

Impact et héritage

  • Ateliers de la pensée : Ce concept a donné naissance aux Ateliers de la pensée de Dakar, co-fondés avec Achille Mbembe, réunissant des intellectuels pour renouveler la pensée critique africaine.
  • Vision démographique : Sarr souligne que l’Afrique, qui représentera un quart de la population mondiale d’ici 2050 (ou environ 2060 selon les projections de l’auteur), doit devenir le « poumon spirituel » et la force motrice de l’humanité.

En résumé, l’Afrotopie n’est pas une simple rêverie, mais une exigence de transformation par l’action et la pensée pour faire advenir une Afrique souveraine et créatrice.

Dans le domaine de l’art et de l’architecture, la démarche BAKKU s’inscrit comme une application concrète des principes de l’Afrotopia. Porté notamment par l’Ordre des architectes du Sénégal, ce concept a été mis en lumière lors d’expositions majeures à la Biennale de Dakar 2024.

Voici les piliers de cette démarche :

  1. Le « Bakku » comme posture d’affirmation

Inspiré de la culture sénégalaise, le Bakku désigne le chant de défi et de bravoure du lutteur avant le combat. Dans l’architecture, il symbolise :

  • Une affirmation de puissance esthétique qui ne cherche pas à offenser, mais à montrer la richesse des savoir-faire locaux.
  • Un mouvement philosophique et culturel visant à redonner de la fierté aux bâtisseurs africains.
  1. Déconstruction du « chaos urbain »

La démarche BAKKU se veut une réponse critique à l’urbanisation anarchique des métropoles africaines. Elle vise à :

  • Récupérer le patrimoine architectural menacé par l’érosion et l’oubli.
  • Proposer une architecture engagée qui refuse le « copier-coller » des modèles occidentaux pour privilégier des solutions endogènes.
  1. Une « Architecture inclusive » et écologique

En phase avec l’utopie de Felwine Sarr, BAKKU prône une création qui :

  • Épouse les cultures et l’histoire locales plutôt que de subir les injonctions du marché global.
  • Utilise des matériaux et techniques durables (comme la terre ou les systèmes de ventilation naturelle) pour créer des bâtiments en harmonie avec le climat tropical.
  • Implique la communauté et les jeunes architectes dans le processus de conception pour une appropriation sociale forte.

En résumé, BAKKU est l’expression architecturale de l’Afrotopia : une tentative de bâtir une modernité africaine qui soit à la fois « localement enracinée et universellement pertinente ».

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