Mamadou Diop Decroix dénonce un “État profond” au cœur de l’administration

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Portrait de Mamadou Diop DECROIX © Malick MBOW
Portrait de Mamadou Diop DECROIX © Malick MBOW
Mamadou Diop Decroix dénonce un “État profond” au cœur de l’administration
L’administration sénégalaise, héritée de la colonisation, constitue selon Mamadou Diop Decroix l’un des principaux obstacles à toute refondation réelle de l’État. L’ancien ministre y voit un « État profond » profondément corrompu.

L’administration sénégalaise, héritée de la colonisation, constitue selon Mamadou Diop Decroix l’un des principaux obstacles à toute refondation réelle de l’État. L’ancien ministre y voit un « État profond » profondément corrompu, structuré pour préserver des intérêts particuliers plutôt que servir l’intérêt général, et estime qu’aucun projet de rupture ne peut aboutir sans un démantèlement en profondeur de cet appareil administratif.

L’ancien ministre et secrétaire général d’And Jëf/PADS, Mamadou Diop Decroix, analyse, dans cette interview, l’exercice du pouvoir par Pastef, au pouvoir depuis avril 2024. Parmi les sujets abordés figurent l’architecture institutionnelle, qui fait que les deux chefs de l’exécutif se retrouvent en situation de friction, le bien-fondé de la reddition des comptes malgré les cris d’orfraie poussés çà et là par des membres de l’ancien régime, ainsi que la nécessité d’une refondation institutionnelle et surtout de démantèlement de l’administration, qui est, selon lui, un grand problème.

Pour Mamadou Diop Decroix, malgré les frictions étalées au grand jour, Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye sont condamnés à rester ensemble. Selon lui, leurs désaccords sont même un signe d’honnêteté de part et d’autre. Le contraire aurait relevé de la « dissimulation » et de « l’hypocrisie », deux maux qu’il dénonce comme étant de plus en plus mis en avant et valorisés en Afrique. « Les frictions sont normales. La vie elle-même est faite de frictions », soutient l’ancien ministre.

Toutefois, selon lui, Diomaye Faye et Ousmane Sonko doivent tout faire pour s’entendre et rester ensemble, car toute séparation aurait des conséquences lourdes, tant pour les deux personnalités concernées que pour le peuple sénégalais, qui en paierait durement le prix.

« Il faut qu’ils restent ensemble sur la base des engagements. Notre parti n’est pas avec eux parce que l’un s’appelle Diomaye et l’autre s’appelle Ousmane. Non. Nous sommes avec eux parce que ce pour quoi nous nous battons depuis cinquante ans, ils disent que c’est ce qu’ils veulent réaliser. Nous voulons donc qu’ils restent ensemble autour de cette tâche fondamentale et qu’ils travaillent à unir le peuple sénégalais. À deux, ils ne le peuvent pas ; avec leur seul parti, ils ne le peuvent pas non plus », argue Diop Decroix.

De l’avis de Mamadou Diop Decroix, les divergences observées sont d’abord d’ordre institutionnel avant d’être politiques. De ce point de vue, il appelle à un changement de Constitution et à un démantèlement de l’appareil administratif et du système hérités de la colonisation, qu’il qualifie d’« État profond », commun aux anciennes colonies françaises. Pour lui, il est urgent de changer cette administration qui permet à des fonctionnaires d’être milliardaires, alors qu’on ne devrait trouver de milliardaires que dans les rangs des capitaines d’industrie.

La Constitution, estime-t-il, doit être élaborée par le peuple et non par un cercle restreint de juristes, à l’image de celle issue du modèle français de 1958, qui, selon lui, ne reflète pas les réalités africaines.

Sur la question de la reddition des comptes, Mamadou Diop Decroix se montre en phase avec le Premier ministre Ousmane Sonko, qui juge la machine trop lente. Il s’étonne de voir certaines voix s’émouvoir aujourd’hui de ce processus, alors que tous les régimes qui se sont succédé depuis Abdou Diouf ont dénoncé la gabegie et le « saccage du pays » au sommet de l’État. Comment comprendre, dès lors, que certains crient à la chasse aux sorcières ?

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