04.05.20 – Des étudiants ont effectué une visite (avant la COVID) au Sénégal pour préserver un chef-d’œuvre moderne
Avant la pandémie de COVID-19, durant la semaine de lecture de mi-février à l’Université de Toronto, quelques étudiants de la Faculté Daniels ont accompagné la professeure agrégée Aziza Chaouni lors d’un voyage à Dakar, capitale du Sénégal. Sur place, ils ont rejoint un groupe international d’étudiants de l’Université de Saragosse, du Collège Universitaire d’Architecture de Dakar et de l’Université Polytechnique G5 de Dakar. Leur mission : participer pendant une semaine à un atelier consacré à l’étude du Centre International du Commerce Extérieur du Sénégal (CICES), un parc des expositions et centre de congrès de 19 hectares considéré par certains comme un chef-d’œuvre d’architecture moderne.
Le CICES a été conçu au début des années 1970 par les architectes français Jean-François Lamoureux et Jean-Louis Marin. Le complexe se voulait à l’origine l’expression des idéaux esthétiques du Sénégal, qui avait accédé à l’indépendance une décennie auparavant. Selon Chaouni, Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal, a personnellement participé à sa conception. Les nombreux bâtiments qui le composent sont unifiés par un motif commun : des formes triangulaires et trapézoïdales qui se détachent des toitures et ornent les façades.
Les décennies suivantes furent difficiles pour le CICES : le complexe tomba en ruine et les rénovations successives altérèrent peu à peu sa conception originale. Puis vint le coup de grâce : l’achèvement du Parc des Expositions de Dakar, un nouveau centre de congrès, qui commença à concurrencer le CICES et à lui ravir sa clientèle restante.
L’objectif de l’atelier était de collaborer avec les acteurs locaux afin d’imaginer des moyens de mieux faire connaître le CICES et de lui redonner son lustre moderniste d’antan. Le groupe d’étudiants internationaux a assisté à des conférences, visité la ville, rencontré des partenaires et travaillé sur place au CICES avant d’élaborer des propositions de préservation détaillées, qu’ils ont présentées à un jury composé de professeurs, de représentants officiels et d’habitants.
Voici quelques photos du voyage à Dakar, avec les commentaires de Chaouni.
« Dès notre premier après-midi au Sénégal, nous avons visité Dakar, grâce à une visite organisée par le Collège Universitaire d’Architecture de Dakar », raconte Chaouni. « Notre premier arrêt fut l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, qui abrite de nombreux bâtiments remarquables, construits de l’époque coloniale à l’après-indépendance du Sénégal. Conçu par Henri Chomette, ce bâtiment est un ensemble d’amphithéâtres accessibles par une estrade. »

« Lors de notre visite à Dakar, nous avons découvert un marché. Il s’agissait d’un étal de rue vendant des masques africains. Certains représentaient des divinités, d’autres étaient utilisés lors de cérémonies religieuses. Ils avaient des usages très variés et chacun provenait d’une tribu différente. Les sculptures angulaires en bois ornant ces masques ont inspiré les architectes sénégalais et étrangers, qui, après l’indépendance, s’efforçaient d’exprimer une identité nationale dans leurs œuvres. »

« Nous voici à la résidence privée de l’ambassadeur du Canada au Sénégal. Il nous a invités à prendre un verre. C’était la première fois qu’il recevait des étudiants canadiens. Il était très intéressé par le complexe du CICES, qu’il n’avait jamais visité auparavant. Il nous a remerciés de lui avoir fait découvrir le complexe et son architecture unique. Le dernier jour de l’atelier, nous lui avons fait visiter le CICES et il a pu admirer les travaux des étudiants. »

« Voici la cour intérieure du bâtiment administratif du CICES. L’aménagement paysager n’est pas d’origine ; il a été ajouté ultérieurement. La plupart des autres éléments de ce bâtiment sont cependant d’origine. »

« L’auditorium principal est une structure en bois lamellé -collé de 28 mètres de long, ce qui, dans les années 1970, représentait une véritable prouesse architecturale. Il comptait à l’origine 1 200 places et possède un incroyable plafond suspendu composé de poutres en bois. L’élément jaune central du plafond est un ajout récent, datant de 2002. Dans la conception originale, les poutres en bois se rejoignaient et s’entremêlaient, constituant l’un des points forts architecturaux de l’ensemble du complexe. »

« Le pavillon orange est une structure en béton à plan ouvert. Sa toiture est composée de toits à pentes alternées, tantôt fortes, tantôt faibles. Son agencement est flexible et peut être adapté en fonction de l’événement qui s’y déroule. »

« Lors de la construction du CICES, le Sénégal comptait sept régions. Le CICES comprend donc sept pavillons régionaux, qui présentaient à l’origine l’artisanat de chaque région. Les matériaux caractéristiques de chaque région ont été utilisés pour les façades. La pierre rougeâtre que vous voyez ici s’appelle de la latérite. La fresque est faite de sable et de béton. »

« Chaque matin, nous avions des conférences données par des architectes locaux invités, des experts internationaux en conservation, des historiens et le personnel du CICES. Ici, je présente la méthodologie de l’atelier. »

« Voici l’entrée du CICES, mais ce n’est pas l’entrée d’origine. Elle a été modifiée en 2002. Les élèves de Daniels présents ici sont Clara Ziada, Tarek Mokhalalati et Emily Lawrason. »

« On nous a attribué un atelier sur le site même du CICES. Imaginez : vous étudiez un chef-d’œuvre architectural et on vous donne un espace pour travailler à l’intérieur. Il ne s’agit pas simplement de le visiter, puis d’aller dans une école ou un hôtel. Vous êtes véritablement immergés dans l’architecture. Ces étudiants de Daniels sont Clara Ziada, Diana Franco Camacho, Saif Malhas, Noor Alkhalili et Tarek Mokhalalati. »

Malheureusement, cette photo témoigne de la vétusté des halls d’exposition du CICES, principalement due au manque de fonds et de connaissances en matière de conservation et d’entretien du patrimoine. En 2014, la construction par le gouvernement sénégalais d’un immense centre de congrès en périphérie de la ville a encore aggravé la situation du CICES. Ce dernier est désormais contraint de louer certains de ses halls d’exposition pour entreposer du riz afin de survivre.
L’atelier a permis à des étudiants en architecture et en ingénierie du Sénégal, d’Espagne et de Daniels d’échanger des idées sur la manière dont la préservation de l’architecture d’origine peut devenir un moteur pour l’avenir du CICES. Présenté dans la presse locale, l’atelier a eu un fort impact à Dakar. Il a dévoilé un avenir possible et prometteur pour le CICES et a sensibilisé le public à la nécessité de le protéger dans son intégralité.

Photographies de Saif Malhas, Christian Paez Diaz et Noor Alkhalili. Vidéo de Christian Paez Díaz.


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