À THIAROYE, LES FOSSES DE LA VÉRITÉ

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Au cimetière militaire près de Dakar, sept squelettes portant des traces de violence ont été exhumés, dont l’un avec une balle logée près du cœur et d’autres entravés par des chaînes, confirmant la brutalité des exécutions longtemps dissimulées par Paris

Publication 30/10/2025

(SenePlus) – Le chantier de fouilles du cimetière militaire de Thiaroye, près de Dakar, vient secouer une mémoire douloureuse. Selon un reportage de TV5MONDE publié le 27 octobre 2025, des archéologues y exhumant des vestiges du massacre des tirailleurs africains, tués le 1er décembre 1944 par l’armée française alors qu’ils réclamaient leurs soldes. Outre les tombes blanches anonymes et des mottes de terre fraîchement retournées, les récentes excavations laissent émerger à la surface du site plusieurs caissons recouverts de plastique bleu, indices d’une exploration inédite.

La tragédie de Thiaroye, qui vit la mort de tirailleurs ouest-africains rapatriés après avoir combattu pour la France, demeure enveloppée d’incertitudes quant au nombre exact de victimes et leur inhumation. Si les autorités françaises de l’époque ont évoqué jusqu’à 70 morts, un « Livre blanc » remis au président sénégalais Bassirou Diomaye Faye fait état de 300 à 400 victimes, affirmant que le massacre était « prémédité et camouflé ».

Les archéologues sénégalais, aux côtés de chercheurs et d’historiens, documentent la brutalité du massacre grâce aux découvertes macabres : « L’endroit où il y a des ossements, il y a souvent des baobabs », explique Mamadou Koné, professeur d’histoire et conseiller technique auprès des archives des Forces armées sénégalaises, dans l’article de TV5MONDE. Sur sept squelettes exhumés, certains présentaient des traces manifestes de violences—absence de colonne vertébrale, côtes ou crâne, membres enchaînés, balle retrouvée près du cœur—confirmant la violence subie.

Le colonel Saliou Ngom, directeur des archives et du patrimoine historique de l’armée sénégalaise, insiste dans les colonnes de TV5MONDE : « Il fallait faire parler le sous-sol », face à la difficulté d’accès aux archives coloniales françaises. Les fouilles, restées interdites d’accès pendant des décennies, s’accompagnent aujourd’hui de recherches génétiques et balistiques, le gouvernement sénégalais ayant récemment commandé un radar de pénétration du sol pour explorer plus loin.

« Cela fait 81 ans qu’on est à la recherche de la vérité historique. Si le sous-sol nous donne cette vérité, il n’y a rien de plus significatif », souligne le colonel Ngom, toujours cité par TV5MONDE. Le président Faye, qui a validé l’ouverture du chantier archéologique, entend élargir les recherches à d’autres sites potentiels.

La reconnaissance politique s’est également invitée. À l’approche du 80e anniversaire du massacre, en novembre 2024, le président Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité des forces coloniales françaises, une avancée historique selon la même source.

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