
À New York pour l’AG de l’ONU, le président livre un entretien sans détour à France 24. Il réclame des excuses françaises pour le massacre de Thiaroye, révèle que la dette atteint 119% du PIB et alerte sur la menace terroriste aux frontières du Sénégal

En marge de l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York, le président Bassirou Diomaye Faye s’est confié à France 24 dans un entretien exclusif. Au menu des discussions : la réforme de l’ONU, les relations avec la France, le massacre de Thiaroye, la menace terroriste et la situation économique du pays.
L’Afrique exige sa place à l’ONU
Face aux turbulences mondiales actuelles – guerres en Ukraine et à Gaza, terrorisme, défis climatiques – le président Faye dénonce l’impuissance de l’ONU et réclame une réforme profonde de l’organisation. « L’ONU de 1945 avec 51 pays ne peut pas être l’ONU de 2025 avec 193 pays », martèle-t-il.
Il pointe particulièrement du doigt le dysfonctionnement du Conseil de sécurité, citant l’exemple de Gaza où « 145 pays ont voté une résolution et un seul État, les États-Unis, a réussi à bloquer cette volonté de l’ensemble des peuples du monde ». L’Afrique réclame donc au moins deux sièges permanents au Conseil de sécurité, tout comme l’Amérique latine.
Une relation « plus sereine » avec la France
Revenant sur le départ définitif des troupes françaises du Sénégal en juillet dernier, Bassirou Diomaye Faye qualifie désormais la relation de « plus sereine ». « 65 ans après notre indépendance, nous ne pouvions pas encore avoir des bases militaires étrangères, quel que soit le pays », explique-t-il, soulignant qu’il ne s’agit pas d’une rupture mais d’une affirmation de souveraineté.
Le président réaffirme que la France reste « un partenaire important » avec une présence économique significative au Sénégal. Un séminaire intergouvernemental est prévu en novembre pour discuter des « nouveaux contours » de cette relation.
Thiaroye : la vérité et la justice
Sur le massacre de Thiaroye de 1944, le président sénégalais réitère son invitation à Emmanuel Macron pour la commémoration du 1er décembre. Il salue le « courage politique et moral » du président français d’avoir reconnu qu’il s’agissait d’un massacre, mais va plus loin dans ses demandes.
« Faire la lumière complète sur le chapitre de Thiaroye 44 permettra d’apaiser davantage la relation entre les deux pays », insiste-t-il. Le Sénégal réclame un accès total aux archives françaises classées « secret défense » qui restent inaccessibles. « Ça fait 80 ans que tout ça s’est passé et la meilleure façon de le dépasser, c’est d’en comprendre les tenants et les aboutissants », argumente le président.
Au-delà de la vérité historique, Bassirou Diomaye Faye estime que des excuses officielles et des réparations, même symboliques, sont nécessaires. « Les excuses sont importantes parce que d’autres pays l’ont fait pour des tragédies de moindre violence », souligne-t-il, rappelant que 2025 a été déclarée par l’Union africaine « l’année de la justice et des réparations ».
La menace terroriste aux portes du Sénégal
Face aux offensives du groupe terroriste JNIM à la frontière avec le Mali, notamment l’attaque de Diboli début juillet, le président refuse de céder à la panique tout en reconnaissant la gravité de la situation. « Le phénomène terroriste où qu’il soit localisé est une menace pour tous », rappelle-t-il, évoquant les attentats en France et aux États-Unis.
Il plaide pour « une démarche intégrée combinant l’échange des renseignements, le dialogue entre les puissances » et alerte : « Il ne faut pas que l’Afrique, notamment le Sahel, devienne le terrain d’affrontement de grandes puissances par terrorisme interposé ».
Une situation économique alarmante
Sur le plan économique, Bassirou Diomaye Faye révèle l’ampleur de la « dette cachée » héritée du régime précédent. Après les différents audits, les chiffres sont encore plus alarmants que prévu : la dette atteint près de 119% du PIB (contre 73% annoncés) et le déficit budgétaire grimpe à 13% (contre 4,9%).
Le président rappelle qu’il avait alerté le FMI dès 2018 sur ces dépassements, sans réponse. « Nous avons fait tout ce qui nous revenait pour la crédibilité du Sénégal vis-à-vis de ses partenaires », déclare-t-il, attendant désormais que le FMI « presse un peu le pas » pour débloquer l’aide internationale.
Justice pour tous, sans exception
Interrogé sur les poursuites engagées contre d’anciens ministres et les appels à poursuivre l’ex-président Macky Sall pour « haute trahison », Bassirou Diomaye Faye rappelle les principes fondamentaux : « L’ordre public et la paix civile reposent sur une justice équitablement distribuée ».
Il fait la distinction entre « se faire justice et rendre la justice », insistant sur le respect de la présomption d’innocence, le droit à la défense et un procès « juste et équitable » pour tous les citoyens, sans exception.
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